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1. Le climat martiniquais
Le climat de la Martinique est de type tropical maritime, chaud et humide toute l’année, sous l’influence dominante des alizés d’est. Les contrastes locaux sont marqués par le relief : les versants exposés au vent (Nord et côte atlantique, au vent) sont nettement plus arrosés, tandis que la côte caraïbe, sous le vent, est plus sèche et légèrement plus ensoleillée. Les hauteurs du nord de l’île (Montagne Pelée et Pitons du Carbet) reçoivent des cumuls de précipitations annuels très élevés, alors que les plaines littorales et le Sud connaissent un régime pluviométrique plus modéré.
On distingue classiquement deux grandes saisons, auxquelles s’ajoutent des périodes de transition :
• Le “carême” (saison sèche), de décembre à avril environ, correspond à un régime plus stable et plus sec, avec des alizés bien établis, des températures un peu moins élevées et une humidité relative plus modérée. Les averses sont possibles mais généralement brèves et moins fréquentes.
• L’“hivernage” (saison des pluies), de juin à novembre, est plus chaud et nettement plus humide, marqué par des averses et orages souvent intenses, surtout en après-midi et en soirée. Cette période coïncide avec la saison cyclonique dans le bassin Atlantique, avec un risque accru de tempêtes tropicales et d’ouragans, particulièrement entre août et septembre.
Entre ces deux régimes, les intersaisons (en particulier mai–début juin et parfois novembre–début décembre) présentent des caractéristiques intermédiaires : alternance de séquences plus sèches et de passages pluvieux parfois marqués, pouvant donner lieu à des épisodes remarquables. Comme dans l’ensemble de la Caraïbe, ce cycle saisonnier est modulé par des phénomènes climatiques de grande échelle, au premier rang desquels El Niño–Southern Oscillation (ENSO), qui peut modifier la répartition saisonnière des pluies et la fréquence des épisodes extrêmes. Pour une description détaillée des normales climatiques, de la pluviométrie et des températures en Martinique, se référer aux rubriques dédiées sur le site de Météo-France (https://meteofrance.mq/fr).
2. Le constat du changement climatique en Martinique
En Martinique, l’évolution de la température moyenne annuelle de l’air est analysée à partir de trois stations de référence disposant de séries homogénéisées depuis le milieu des années 1960 : Fond-Denis-Cadet, Fort-de-France Desaix et Lamentin-Aéroport. Ensemble, ces stations documentent le climat du centre et du nord de l’île, dans un environnement littoral ou péri-littoral soumis aux alizés. Une régression linéaire réalisée sur la période 1965-2024 met en évidence une augmentation statistiquement significative de la température moyenne annuelle, de l’ordre de +0,30 °C par décennie, soit près de +1,8 °C sur l’ensemble de la période (R² ≈ 0,77, p < 10⁻¹⁹).
Les anomalies deviennent durablement positives à partir de la fin des années 1990, avec une accélération du réchauffement au cours des deux dernières décennies (Figure 1).
Les warming stripes (« bandes de réchauffement ») offrent une synthèse visuelle de cette évolution (Figure 2). Avec la référence 1991-2020, les années antérieures aux années 1990 sont majoritairement plus fraîches que la normale (bandes bleues), tandis que les années chaudes (bandes rouges) se multiplient et s’intensifient après 2000, en particulier dans les années 2010-2020.
D’autres indicateurs illustrent les conséquences concrètes de ce réchauffement, notamment le nombre de journées chaudes, définies ici comme des journées où la température maximale atteint ou dépasse 33 °C, en moyenne sur les trois stations de référence (Figure 3). Ce nombre était quasi nul dans les années 1960-1970 ; il augmente nettement à partir des années 1990 et plus encore après 2000, pour atteindre désormais plusieurs dizaines de journées chaudes certaines années récentes.
Il convient de rappeler que ces observations intègrent la variabilité interne et naturelle du climat martiniquais (variabilité interannuelle et décennale, influence de phénomènes comme El Niño ou La Niña) et ne permettent pas, à elles seules, d’isoler la part exacte du réchauffement imputable aux activités humaines.
Les précipitations en Martinique sont pilotées par le régime des alizés et les déplacements de la Zone de Convergence Intertropicale. La saison sèche, ou carême, s’étend globalement de février à avril, alors que l’hivernage, de juillet à octobre, est plus chaud et nettement plus arrosé, avec des averses fréquentes et parfois intenses. Entre ces deux périodes se succèdent des intersaisons où peuvent se produire des épisodes pluvieux marqués.
Du fait du relief, la répartition spatiale des pluies est très contrastée : les littoraux les plus abrités du sud et de l’est reçoivent en moyenne moins de 1500 mm de pluie par an, alors que les versants exposés du nord de l’île (Montagne Pelée, pitons du Carbet) peuvent enregistrer plus de 4000 à 6000 mm annuels. Le tableau 1 (non reproduit ici) synthétise les cumuls moyens annuels sur les principales zones climatiques de la Martinique.
Tableau 1: Valeurs moyennes sur la période 1991-2020 des pluies annuelles relevées sur 7 zones climatiques de la Martinque
Zone Stations principales Normale (mm)
Zone 1 Fort-de-France (La Médaille, La Donis), Morne-Rouge (Gendarmerie, Champflore) >4000
Zone 2 Le Carbet (Bout-Bois), Fonds-Saint-Denis (Morne des Cadets), Le Prêcheur (Grande Savane), Saint-Pierre (Périnelle), Bellefontaine (Verrier) 3000–4000
Zone 3 Basse-Pointe (Chalvet), Grand-Rivière (Côte), Macouba (Bellevue, Potiche) 3500–5000
Zone 4 Ajoupa-Bouillon (Eden), Gros-Morne (Bois Lézard), Saint-Joseph (Rabuchon, Morne Olives, Bois du Parc), Sainte-Marie (Bellevue, Concorde, Morne des Esses, Pérou) 2500–3500
Zone 5 Le François (Chopotte, Simon), Le Robert (Pointe Fort), Le Saint-Esprit (Baldara), La Trinité (Spoutourne), Le Vauclin (Château Paille) 2000–3000
Zone 6 Le Diamant (Quartier Jacqua, Morne Pavillon), Fort-de-France (Fort Saint Louis), Sainte-Anne (Seci-Belfond), Les Trois-Ilets (Golf, Pagerie) 1500–2000
Zone 7 Le Lamentin (Bois Quarré), Le Marigot (Morne Bellevue), Le Robert (Duchesne, Chapelle Villarso, Chère Epice), Saint-Joseph (Rivière Lézarde) <1500
L’évolution du cumul annuel de précipitations, calculée à partir des séries homogénéisées depuis le milieu des années 1960, met en évidence une forte variabilité interannuelle et interdécennale (Figure 4). Les écarts à la normale 1991-2020 dépassent parfois ±20 %, mais la moyenne glissante sur 11 ans oscille autour de la référence, sans tendance nette à l’augmentation ou à la diminution des cumuls annuels sur la période étudiée.
La carte des tendances par décennie du cumul annuel (Figure 5) confirme ce diagnostic : les stations de l’ouest et du centre de l’île présentent de faibles baisses, de l’ordre de −1 % par décennie, tandis que certaines stations du centre-est et du littoral atlantique montrent de légères hausses proches de +1 % par décennie. Ces évolutions restent toutefois de faible amplitude et ne sont pas statistiquement significatives au regard de la forte variabilité naturelle des précipitations.
À l’échelle saisonnière, la tendance est examinée pour la saison sèche de février à avril (Figure 6). Sur cette période, la plupart des stations indiquent une légère hausse des cumuls, comprise entre +1 % et +3 % par décennie, tandis que deux stations seulement présentent une très faible baisse, proche de 0 % par décennie. Là encore, ces tendances demeurent en grande majorité non significatives, mais elles suggèrent un signal d’augmentation modérée des pluies de saison sèche sur une large partie de l’île.
Les journées très pluvieuses sont fréquentes en Martinique, en particulier durant l’hivernage mais aussi lors de certains épisodes de transition de saison. Leur occurrence varie cependant fortement d’une année à l’autre. Le nombre de jours où la pluie quotidienne dépasse les seuils de 50 mm et 100 mm, moyenné sur les 7 stations de référence entre 1967 et 2024, ne montre pas de tendance linéaire significative (Figure 7) : la pente estimée est de 0,0 jour par décennie, avec une p-value de 0,84. En l’état des observations, aucune évolution statistiquement robuste de la fréquence des épisodes de fortes pluies n’est donc mise en évidence en Martinique.
3. Quel climat futur à La Martinique selon la TRACC ?
3.1 Introduction
La TRACC :
Les derniers rapports du GIEC (IPCC 2018, IPCC 2021) montrent que les impacts du changement climatique dans une zone donnée sont déterminés par le niveau moyen de réchauffement planétaire, indépendamment de la manière ou du moment où ce niveau est atteint. On peut ainsi évoquer, par exemple, le « climat de la France dans un monde à +2 °C ».
La Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique (TRACC) a été définie dans le cadre du nouveau Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC-3) et vise à définir un cadre commun pour les actions d’adaptation. Elle repose sur le constat scientifique (IPCC 2021) que le réchauffement moyen mondial dépend des émissions cumulées à l’échelle internationale (et non des seules politiques françaises) et que ce réchauffement a des effets régionaux et locaux.
La TRACC s’appuie sur les engagements actuels des États en matière de réduction des émissions et les traduit en réchauffement global et territorial à trois échéances. Elle considère qu’en l’absence de mesures supplémentaires à l’échelle internationale, le réchauffement pourrait atteindre trois niveaux, dont les horizons temporels découlent des politiques mondiales actuelles. Ces niveaux sont définis comme suit : +1,5 °C en 2030, +2 °C en 2050 et +3 °C en 2100 par rapport à la température de référence de l’ère préindustrielle, estimée comme la moyenne entre 1850 et 1900.
Le réchauffement climatique variant spatialement, ces niveaux planétaires sont traduits en niveaux territoriaux pour chaque territoire français. Cette correspondance repose sur des méthodes statistiques dites de « contraintes observationnelles » et sur des données combinant modèles et observations (Ribes et al. 2021, Ribes et al. 2022). À la Martinique, les niveaux territoriaux de la TRACC sont de +1,4 °C, +1,9 °C et +2,7 °C aux horizons 2030, 2050 et 2100, par rapport à l’ère préindustrielle , ce qui correspond respectivement à +0,6 °C, +1,1 °C et +1,9 °C par rapport à la période de référence historique (Figure 1). Ces valeurs, proches du réchauffement global, s’expliquent par le caractère insulaire du territoire et l’influence océanique en contexte tropical. Ces niveaux doivent être considérés comme des cibles d’adaptation, et non comme des projections pour une période donnée.
Quantifier les incertitudes
La prise en compte des incertitudes liées aux projections climatiques est essentielle pour définir des stratégies d’adaptation robustes en climat futur. Pour caractériser le climat aux différents niveaux de réchauffement de la TRACC, le jeu de données Martinique SocleOM-climat-2025 repose sur 27 simulations climatiques globales ou régionales, descendues en échelle à une résolution de 3 km par 3 km sur le territoire.
Pour chaque niveau de réchauffement de la TRACC Martinique (figure 1), on détermine l’année pivot à laquelle ce niveau est atteint dans chacune des 27 simulations. Pour intégrer la variabilité interannuelle à ce niveau de réchauffement, les indicateurs climatiques sont calculés sur les 20 années simulées autour de la date pivot (10 années avant et 9 après).
Pour synthétiser les valeurs des indicateurs du jeu de données Martinique SocleOM-climat-2025, on utilise les notions de quantile et de médiane (figure 2). Statistiquement, le quantile indique combien de valeurs d’une distribution sont supérieures ou inférieures à un seuil donné. Par exemple, 90 valeurs sur 100 dépassent le quantile 10, une sur deux est inférieure (ou supérieure) à la médiane (quantile 50, centre de la distribution), 10 sur 100 dépassent le quantile 90 (dépassé dans 10 % des cas). On peut aussi compléter la description d’un jeu de données par ses valeurs extrêmes, présentées entre crochets.
Cette approche peut être utilisée à la fois :
• sur le plan spatial : la médiane indique la valeur inférieure (ou supérieure) atteinte sur la moitié du territoire de La Martinique. Elle est plus pertinente que la moyenne lorsqu’on observe des écarts dans certaines zones (montagne par exemple), ou pour des indicateurs fondés sur des seuils (nombre de jours au-dessus ou en dessous d’une valeur donnée).
• sur le plan statistique, en considérant les 27 simulations sur chaque carré de 3 km de côté. Cette approche permet d’associer à un indicateur climatique une valeur médiane et une plage d’incertitude (borne basse et haute) définie par les quantiles des 27 simulations. Les q10 et q90 calculés à partir des médianes spatiales sur le territoire serviront ici à estimer des plages d’incertitude approximatives (q90-q10)/2.
Figure 2 : Représentation sous forme de boîte à moustaches des valeurs prises par un ensemble de simulations à travers la médiane (trait rouge), les quantiles 10 et 90 (limites inférieures et supérieures de la boîte), et les quantiles 5 et 95 (« moustaches » de la boîte).
Période de référence
Afin de refléter le climat actuel, la période de référence choisie pour le jeu de données Martinique SocleOM-climat-2025 est 1991-2020. Le réchauffement observé en Martinique entre l’ère préindustrielle et cette période de référence est estimé à environ +0,8 °C.
3.2 : Quelle évolution des températures ?
Températures moyennes :
Les hausses attendues de la température moyenne annuelle sur La Martinique, par rapport au passé récent 1991-2020, sont de (Tableau 2) :
• +0,6 °C [+0,4°C;+0,7°C] à l’horizon TRACC 2030
• +1,1 °C [+0,9°C;+1,2°C] à l’horizon TRACC 2050
• +1,8 °C [+1,7°C;+1,9°C] à l’horizon TRACC 2100
Pour rappel, les valeurs entre crochets correspondent aux minima et maxima de l’ensemble de données.
Monde (pré-industriel) +1,5°C +2,0°C +3,0°C
Martinique (pré-industriel) +1,4°C +1,9°C +2,7°C
Martinique (référence 1991-2020) +0,6°C +1,1°C +1,8°C
Tableau 1: Ligne 1 : niveaux de réchauffement planétaire par rapport à la période pré-industrielle 1850-1900. Lignes 2 et 3 : niveaux de réchauffement régionaux correspondants sur La Martinique par rapport aux périodes pré-industrielle et 1991-2020
En Martinique, la température moyenne annuelle augmente de façon progressive et homogène avec le niveau de réchauffement climatique. Sur la période de référence 1991-2020, les contrastes spatiaux sont principalement liés à l’altitude, avec des températures plus faibles sur les reliefs du nord et plus élevées sur les zones littorales et basses (figure 3).
Aux horizons TRACC 2030 (+1,4 °C) et 2050 (+1,9 °C), la hausse des températures moyennes est déjà marquée, conduisant à des valeurs proches de 27–28 °C sur les zones basses, tout en conservant la structure spatiale actuelle.
À l’horizon TRACC 2100 (+2,7 °C), les températures moyennes annuelles atteignent des niveaux très élevés, souvent supérieurs à 29 °C sur les secteurs littoraux et urbanisés, tandis que les reliefs connaissent eux aussi un réchauffement net, réduisant le rôle modérateur de l’altitude.
Cette évolution traduit un réchauffement durable du climat martiniquais, qui constitue le socle thermique de l’augmentation des indices d’extrêmes de chaleur (journées et nuits chaudes) et du renforcement des contraintes thermiques pour les populations et les écosystèmes.
Températures extrêmes :
Martinique – Journées très chaudes
Dans le climat récent 1991-2020, les journées très chaudes définies ici par une température maximale supérieure ou égale à 33°C restent très rares à l’échelle de la Martinique : la médiane spatiale est inférieure à 1 jour par an, ce qui traduit un phénomène ponctuel et localisé (figure 4).
À mesure que le réchauffement progresse selon la TRACC, ces journées deviennent plus fréquentes et surtout s’étendent spatialement (figure 5).
Dès l’horizon TRACC 2030 (+1,4°C), on observe l’apparition de premières zones concernées, avec une médiane d’environ ~2 jours/an (dispersion inter-modèles de l’ordre de ±1–2 jours).
À l’horizon TRACC 2050 (+1,9°C), l’augmentation devient plus nette, autour de ~6–7 jours/an en médiane (incertitude ~±4 jours), et les zones touchées s’élargissent.
Enfin, à l’horizon TRACC 2100 (+2,7°C), le signal devient marqué : la médiane atteint ~27 jours/an (fourchette inter-modèles ~15 à 40 jours/an), avec des points chauds concentrés surtout sur les basses altitudes et certaines zones du Sud / Centre où le nombre de jours supérieur ou égale à 33°C peut devenir très élevé localement (plusieurs dizaines à >100 jours/an).
Martinique – Nuits chaudes
Dans le climat récent 1991-2020, les nuits chaudes (nombre de jours/an avec une température minimale supérieur ou égale à 25°C) sont déjà fréquentes en Martinique, avec une médiane spatiale d’environ 40–45 jours/an. Avec le réchauffement territorial selon la TRACC, la hausse devient rapidement marquée et concerne une part croissante du territoire (figure 6).
À l’horizon TRACC 2030 (+1,4°C), la médiane atteint environ 85–90 jours/an (dispersion inter-modèles typiquement ~70 à 95 jours/an).
À l’horizon TRACC 2050 (+1,9°C), elle augmente encore autour de ~135–140 jours/an (fourchette ~115 à 160 jours/an).
Enfin, à l’horizon TRACC 2100 (+2,7°C), les nuits chaudes deviennent quasi permanentes : la médiane s’élève à ~215 jours/an (environ ~200 à 225 jours/an selon les modèles).
Spatialement, l’augmentation est généralisée, avec des valeurs particulièrement élevées sur les zones littorales et basses altitudes, tandis que les secteurs d’altitude du Nord restent relativement moins touchés, sans toutefois être épargnés (figure 7).
3.3 Quelle évolution des précipitations?
Précipitations moyennes :
Dans le climat récent 1991-2020, les cumuls annuels de précipitations présentent une forte hétérogénéité spatiale en Martinique (figure 8), avec des valeurs élevées sur les reliefs du Nord et du Centre (plus de 3 000 à 4 500 mm/an) et des cumuls plus faibles sur les zones littorales et le Sud (souvent inférieurs 2 000 mm/an). Avec le réchauffement climatique selon la TRACC, les projections indiquent une diminution progressive des précipitations annuelles, généralisée à l’ensemble du territoire.
À l’horizon TRACC 2030 (+1,4°C), la médiane spatiale de l’ensemble des 27 modèles montre une baisse modérée, de l’ordre de −5 à −10 %, avec une dispersion inter-modèles encore marquée, certaines simulations restant proches de la stabilité locale (figure 9). Spatialement, la diminution est déjà perceptible sur une large partie de l’île, bien que hétérogène, avec des zones ponctuelles à signal incertain (figure 10).
À l’horizon TRACC 2050 (+1,9 °C), la baisse des précipitations annuelles apparaît plus marquée et plus cohérente entre modèles sur le sud de l’île, avec une médiane proche de −15 %. En revanche, sur les régions du nord et les zones de relief, les hachures indiquent un accord inter-modèles encore limité, traduisant une incertitude persistante sur l’intensité locale de cette diminution.
Enfin, à l’horizon TRACC 2100 (+2,7°C), la diminution des précipitations annuelles devient marquée et robuste, avec une médiane atteignant −25 % environ, et une dispersion inter-modèles allant localement jusqu’à −40 à −50 %. Les baisses de précipitations concernent l’ensemble de la Martinique, traduisant un assèchement généralisé du climat, susceptible d’amplifier les tensions sur la ressource en eau, les sols et les écosystèmes, en particulier durant la saison sèche.
Saison sèche –(février–mars–avril)
La saison sèche de la Martinique montre une forte sensibilité au réchauffement climatique, avec des signaux de baisse des précipitations précoces et marqués (figure 11).
À l’horizon TRACC 2030 (+1,4°C), la médiane spatiale indique déjà une diminution modérée, de l’ordre de −5 à −10 % (figure 12), mais associée à une dispersion inter-modèles importante. Les cartes révèlent des zones hachurées étendues, traduisant une incertitude encore élevée sur l’intensité locale du signal, bien que la tendance à l’assèchement soit dominante.
À l’horizon TRACC 2050 (+1,9 °C), la baisse des précipitations durant la saison sèche apparaît globalement marquée et cohérente entre modèles sur la majeure partie de la Martinique, en particulier sur le sud de l’île, traduisant un renforcement du déficit hydrique en fin de carême. De rares zones d’incertitude subsistent localement sur le nord de l’île, comme l’indique la présence ponctuelle de hachures, sans remettre en cause la tendance générale à l’assèchement à l’échelle du territoire.
À l’horizon TRACC 2100 (+2,7°C), le signal est fort et robuste, avec une médiane atteignant −25 à −30 %, et des valeurs extrêmes pouvant localement dépasser −40 à −50 % selon les modèles. L’assèchement est alors généralisé, sans zone refuge clairement identifiée. Cette évolution est particulièrement préoccupante car elle affecte une période déjà structurellement déficitaire en eau, augmentant fortement les risques de stress hydrique, de tensions sur l’alimentation en eau potable, et de vulnérabilité des sols et des cultures.
Saison des pluies –(juillet–août–septembre–octobre–novembre)
La saison des pluies, bien que plus arrosée en climat actuel, n’est pas épargnée par les effets du réchauffement.
À l’horizon TRACC 2030 (+1,4°C), les évolutions restent modérées en médiane (proches de 0 à −5 %), avec une forte variabilité inter-modèles (figure 14). Certaines simulations suggèrent localement une quasi-stabilité, tandis que d’autres projettent déjà des diminutions notables, ce qui explique la présence de zones hachurées indiquant un signal encore incertain (figure 13).
À l’horizon TRACC 2050 (+1,9°C), la tendance à la baisse s’affirme, avec une médiane avoisinant −10 %, et une extension des baisses de précipitations à l’ensemble du territoire. Les régions traditionnellement les plus arrosées voient également leurs cumuls diminuer, ce qui suggère une réduction de l’efficacité de la saison des pluies à recharger les ressources hydriques.
À l’horizon TRACC 2100 (+2,7°C), la diminution devient marquée et spatialement homogène, avec une médiane proche de −20 à −25 %, et des extrêmes atteignant localement −50 à −60 %. Cette évolution indique une saison des pluies plus courte et/ou moins cumulante, malgré la persistance possible d’épisodes intenses.,
Lecture croisée et enjeux
Pris conjointement, ces résultats montrent que le changement climatique en Martinique se traduit par un double signal défavorable :
• un assèchement marqué de la saison sèche,
• et une dégradation progressive de la saison des pluies, pourtant essentielle à la recharge des nappes et des retenues.
Cette évolution saisonnière renforce les risques hydrologiques et agricoles,, et constitue un enjeu majeur pour la gestion de l’eau, l’agriculture, et les écosystèmes à l’horizon du XXIᵉ siècle.
Martinique – Jours secs consécutifs
Dans le climat récent 1991-2020, le nombre maximal annuel de jours secs consécutifs (défini comme la plus longue séquence annuelle de jours avec précipitations < 1 mm) est modéré en Martinique, avec une médiane spatiale de l’ordre de 14 à 15 jours (figure 16). Les valeurs les plus élevées sont observées sur les zones littorales et le Sud, tandis que les reliefs du Nord présentent des durées plus courtes, en lien avec des apports pluviométriques plus fréquents (figure 15).
Avec le réchauffement climatique selon la TRACC, les projections indiquent une augmentation progressive de la durée des séquences sèches, traduisant un renforcement de la persistance des périodes sans pluie.
À l’horizon TRACC 2030 (+1,4°C), la médiane spatiale augmente légèrement, atteignant environ 15 à 16 jours, avec une dispersion inter-modèles encore limitée. Cette évolution suggère un allongement modéré des périodes sèches, sans rupture nette à court terme.
À l’horizon TRACC 2050 (+1,9°C), l’augmentation devient plus visible, avec une médiane proche de 18 à 19 jours et une dispersion inter-modèles accrue. Les cartes montrent une extension spatiale des valeurs élevées, notamment sur les zones basses et méridionales, indiquant une accentuation des contrastes hydriques intra-annuels.
À l’horizon TRACC 2100 (+2,7°C), le signal devient marqué et plus incertain, avec une médiane atteignant environ 21 à 22 jours, mais des valeurs pouvant localement dépasser 40 à 50 jours selon les modèles. Cette forte dispersion traduit une variabilité accrue des séquences sèches, avec un risque de périodes prolongées sans précipitation, susceptibles d’amplifier les sécheresses météorologiques, le stress hydrique des sols, et les tensions sur la ressource en eau, en particulier lorsqu’elles se produisent en fin de saison sèche.
Dans l’ensemble, l’évolution des jours secs consécutifs confirme une augmentation de la persistance des périodes sèches en Martinique, complémentaire à la baisse projetée des précipitations, et constitue un indicateur clé de l’intensification des conditions de sécheresse à l’horizon du XXIᵉ siècle.
Martinique – Jours de fortes pluies
Dans le climat récent 1991-2020, le nombre annuel de jours de fortes pluies (défini comme le nombre de jours avec un cumul de précipitations ≥ 10 mm) est élevé en Martinique, avec une médiane spatiale de l’ordre de 52 à 54 jours/an (figure 18). Les valeurs les plus importantes se concentrent sur les zones de relief du Nord et du Centre, en lien avec l’orographie et une convection plus fréquente, tandis que les secteurs littoraux et le Sud présentent des fréquences légèrement plus faibles (figure 17).
Avec le réchauffement climatique selon la TRACC, les projections montrent une diminution progressive du nombre de jours de fortes pluies, traduisant une réduction de la fréquence des événements pluvieux significatifs, malgré la persistance possible de pluies intenses.
À l’horizon TRACC 2030 (+1,4°C), la médiane spatiale diminue légèrement, atteignant environ 48 à 50 jours/an, avec une dispersion inter-modèles encore modérée. Cette baisse suggère une première réduction de la fréquence des épisodes pluvieux, sans modification radicale du régime pluviométrique à court terme.
À l’horizon TRACC 2050 (+1,9°C), la diminution devient plus marquée, avec une médiane proche de 42 à 44 jours/an et une dispersion inter-modèles plus importante. Les cartes montrent une extension spatiale des baisses de précipitations, y compris sur les reliefs, indiquant une diminution généralisée de la fréquence des jours pluvieux actifs.
À l’horizon TRACC 2100 (+2,7°C), le signal devient net et robuste, avec une médiane atteignant environ 35 à 37 jours/an, et des valeurs pouvant localement descendre sous 30 jours/an selon les modèles. Cette évolution traduit un changement structurel du régime des pluies, caractérisé par moins de jours pluvieux, mais potentiellement des intensités plus fortes lors des événements, en cohérence avec l’augmentation projetée des extrêmes hydrologiques.
Dans l’ensemble, la baisse du nombre de jours de fortes pluies , combinée à la diminution des précipitations annuelles et à l’augmentation des jours secs consécutifs, indique une pluviométrie plus irrégulière, alternant entre séquences sèches plus longues et épisodes pluvieux plus concentrés, renforçant les risques de sécheresse et de ruissellement rapide.
3.4 Évolution des cyclones tropicaux dans l’Atlantique Nord sous changement climatique
L’arc Antillais a bénéficié d’une attention particulière avec le projet C3AF (Changement Climatique et Conséquences sur les Antilles Françaises) qui s’est achevé en 2020. Dans ce cadre, outre un accord avec les conclusions du GIEC, des résultats spécifiques ont été obtenus à l’aide du modèle de Météo-France ARPEGE-Climat. Ces derniers sont à considérer avec précaution car ils ne relèvent pas de simulations d’ensemble, seules garantes de la robustesse des résultats.
Dans un climat plus chaud, le nombre total de cyclones tropicaux atlantiques ne présente pas de tendance robuste, mais que leurs caractéristiques évoluent de manière significative, en particulier en termes d’intensité, de répartition saisonnière, de trajectoires potentielles et d’impacts associés (Chauvin et al, 2020).
Nombre, intensité et saisonnalité
Les simulations climatiques à haute résolution indiquent qu’il n’existe pas de signal clair d’augmentation du nombre total de cyclones à l’échelle du bassin atlantique. En revanche, elles montrent une augmentation robuste de la proportion de cyclones intenses, notamment des ouragans majeurs (catégories 4 et 5), associée à une intensification des vents maximaux. Ce signal est cohérent avec l’augmentation des températures de surface de la mer et du contenu de chaleur océanique, qui accroissent l’énergie disponible pour le développement et le maintien de systèmes intenses (Chauvin et al., 2020 ; Belmadani et al., 2021 ; Knutson et al., 2020 ; IPCC, 2021).
Par ailleurs, les projections mettent en évidence une réorganisation saisonnière de l’activité cyclonique. Les simulations ARPEGE-Climat suggèrent une diminution de l’activité en début de saison (juillet) aux basses latitudes tropicales, mais une augmentation en cœur de saison (août–septembre), notamment sur la région du Cap-Vert (Main Development Region, MDR) et vers les latitudes plus septentrionales (Chauvin et al., 2020). Cette évolution s’accompagne d’un léger décalage temporel de la saison cyclonique, avec un poids accru de la fin d’été et du début d’automne boréal.
Pluies cycloniques et contraste avec l’assèchement moyen
Les projections climatiques indiquent, pour l’arc antillais, une tendance moyenne à l’assèchement des précipitations annuelles et saisonnières. Toutefois, cette évolution moyenne n’exclut pas une intensification des pluies associées aux cyclones tropicaux. Les études montrent que, dans une atmosphère plus chaude et plus humide, les pluies cycloniques tendent à devenir plus intenses, conformément à la relation de Clausius-Clapeyron (Chauvin et al., 2017, Knutson et al., 2020 ; IPCC, 2021).
Néanmoins, les travaux de Cantet et al. soulignent que, à l’échelle des petites îles antillaises, le signal de changement des pluies cycloniques reste difficile à détecter statistiquement. Les résultats montrent que les relations entre caractéristiques des cyclones et précipitations sur les îles ne présentent pas de tendance significative, contrairement aux diagnostics réalisés sur l’océan ou à plus grande échelle. Ce point souligne la nécessité de ne pas confondre l’assèchement moyen du climat régional avec les impacts ponctuels mais potentiellement plus intenses des épisodes cycloniques (Cantet et al., 2014 ; Cantet et al., 2020). Vents, houle cyclonique et impacts côtiers
L’augmentation de la proportion de cyclones intenses implique un potentiel accru d’extrêmes de vent, avec des conséquences directes sur les dommages aux infrastructures, la végétation et les réseaux. En cohérence, plusieurs études indiquent que, si les hauteurs de vagues moyennes pourraient diminuer à l’échelle du bassin atlantique, les extrêmes de houle associés aux cyclones tropicaux pourraient, eux, augmenter, en particulier dans la MDR et aux latitudes plus élevées (Belmadani et al., 2021).
Ces évolutions renforcent les risques de submersion marine, d’érosion côtière et de dommages combinés (vent, pluie, houle), comme illustré lors d’événements récents majeurs dans les Antilles. Toutefois, les changements projetés des extrêmes de houle et de vent restent sensibles aux trajectoires des cyclones et à la résolution des modèles, ce qui impose une interprétation prudente à l’échelle locale.
En synthèse, le changement climatique n’induit pas nécessairement une augmentation du nombre de cyclones atlantiques, mais favorise des cyclones plus intenses, potentiellement plus pluvieux, avec une saison légèrement décalée et une activité accrue vers la région du Cap-Vert et les latitudes plus septentrionales. Pour les Antilles, et en particulier pour les petites îles, ces évolutions doivent être interprétées dans un cadre intégrant à la fois l’assèchement moyen du climat et le risque accru d’événements cycloniques extrêmes, dont les impacts restent déterminants malgré leur rareté relative.
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